100 MEGAWATT - CAHIERS - LA MYTHOLOGIE VUE PAR SABINE

Sous la forme de mémos ou carnets de bord, Sabine a choisi de nous parler de culture et de mythologie. "Toutes les mythologies sont fascinantes et chargées de mystères qui font rêver. La mythologie classique n'échappe pas à cette constante mais il me semble qu'elle va beaucoup plus loin..."

Quid novi sub sole ? Légende de KANAIS et de KAINEOS

L'histoire qui suit n'est absolument pas de moi, je me suis contentée - et j'use ce terme de façon tout à fait volontaire - de la relever au détour de mes lectures dans un ouvrage de l'écrivain mexicain Carlos Fuentes, Peau de Serpent. Comme quoi, en tout temps et en tout lieu, les histoires mythologiques ont valeur d'enseignement universel.

LEGENDE DE KANAIS

Plutarque raconte qu'autrefois aux temps où les mythes étaient vérité, au temps du rêve, au temps où les mots et les choses n'étaient pas encore séparés, une femme répondait au nom de Kanais. Elle devait être très belle quoique un peu ambiguë.
Kanais la garçonne tellement attirante dans son ambiguïté, troublante dans la démarche de ses pas et dans sa danse déclencha la passion de Poséidon, Dieu de la mer, cheval fou, athlète au trident. Il lui proposa l'amour immortel, l'infini galop de la mer. Elle refusa. Il la poursuivit sur une grève de sable fin sur l'île de Crète, le pays d'Aphrodite, la rattrapa et la viola, là, sur la plage. Le lendemain pris de remords…ou d'amour, peut-être est-ce tout simplement la même chose ? Il lui demanda ce qu'elle souhaiterait obtenir en compensation de ce viol. Elle répondit qu'elle voulait seulement que ce qui venait de lui arriver ne lui arriva plus jamais. Alors Poséidon la transforma en homme et elle devint Kaineos.

LEGENDE DE KAINEOS

Kaineos se révéla bientôt un farouche guerrier qui ne manifestait aucune pitié au combat, qui n'avait ni amour, ni ami. Il constituait un tel magma de violence et de haine que ses ennemis voulaient seulement le détruire - pas le vaincre, non ! L'annihiler comme une bête malfaisante. Nul ne lui connu d'autre intérêt que la guerre. Il divinisa son propre javelot, lui voua un culte de tous les instants et contraignit ses sujets à l'adorer de même
Fier et impie Kaineos ne manifestait aucun respect envers les Immortels. Cet homme était impitoyable et d'une telle fatuité que ses propres guerriers décidèrent de le tuer. Mais Poséidon l'avait rendu invulnérable. Alors ses hommes entreprirent de l'enfoncer en terre comme s'il était lui-même une pique, une javeline, pour qu'il meure étouffé.

C'est ainsi qu'une violence engendre la haine. C'est ainsi que la victime s'exclut de la communauté des vivants, doublement victime, de la violence subit et de la rage qui en naît. C'est ainsi que la victime devient bourreau et que le bourreau est immolé par la communauté des bien-pensants qui n'ont pas empêché la violence et n'ont pas rendu justice de cette violence en châtiant le coupable.

La mythologie comme réserve de la pensée humaine

Je me suis toujours demandé pourquoi j'aimais autant la mythologie classique : toutes les mythologies sont fascinantes et chargées de mystères qui font rêver. La mythologie classique n'échappe pas à cette constante mais il me semble qu'elle va beaucoup plus loin. C'est comme si l'on voyait résumé dans les divers éléments qui constituent l'étoffe de ces récits et légendes le long cheminement de l'humanité pour tenter de donner une explication au monde qui l'entoure. Forme aboutie d'une évolution initiée avant l'histoire positive et continuée aux périodes Protohistoriques et archaïques, la mythologie classique témoigne d'états, de lieux et de temps oubliés. Mais elle est aussi la preuve de l'universalité géographique et temporelle des questions que l'homme se pose devant un univers que sa conscience l'oblige désespérément à vouloir dominer. Parce qu'elle nous parle de l'humanité, de ses doutes et de ses peurs les plus fondamentales, la mythologie classique est infiniment touchante. Il ne s'agit pas de simples contes pour enfants mais bien d'un élargissement du débat de l'homme à l'univers.

Dans bon nombre de ces légendes on retrouve des éléments surgis du fond d'une mémoire collective très ancienne et qui depuis Sumer et Babylone s'applique à matérialiser l'irrationnel terrifiant comme pour mieux pouvoir l' exorciser en l'identifiant de façon concrète : Gorgones et monstres ailés, Hydres abominables, êtres mi-humains, mi-animal, chimères et autres fantastiques griffons . L'humanité donne un visage symbolique à ses terreur sous la forme terrifiante de Méduse dont le regard pétrifie quiconque qui a le malheur de la croiser. Mais des trois soeurs gorgones, Sthéno, Euryalè et Méduse, seule cette dernière est mortelle.

Le panthéisme qui imprègne ces récits mythologiques, renvoie à l'aube de la conscience humaine qui déjà cherche à rationaliser un univers qui peut être tour à tour protecteur et menaçant. Dans sa tentative de révéler le mystère de l'univers, ces récits vont nommer et personnifier toutes les forces naturelles, cosmiques, aussi bien qu'élémentaires. La parole s'investit d'un pouvoir magique, divin : l'univers nommé c'est l'inconnu dominé. D'ailleurs plus tard la tradition judéo-chrétienne donnera la même fonction à la parole : Le " fiat lux " de Dieu crée le monde et plus tard le fils de Dieu sera désigné sous le terme de " verbe ". On retrouve déjà cet élément dans la tradition sumérienne où la parole divine et créatrice des dieux organise la terre : le mot confère l'existence à la chose nommée. Dans la mythologie classique le feu astral, Hypérion, donnera naissance aux entités fondamentales que sont Hélios, le soleil, Séléné, la lune et Eos, l'aurore. La terre, en tant que mère primordiale sera personnifiée par Gaïa et en tant que mère féconde, prendra le nom de Déméter. Corè, la végétation et la terre cultivée, sera la fille bien-aimée de Déméter. Epouse du Dieu des Enfers et résidant sous terre, cette dernière pourra s'en échapper plusieurs mois par an afin que chaque année la nature puisse revivre. Campagnes, sous-bois, sources, tout l'univers devient habité par une foule de dryades, naïades et autres nymphes. La nature n'est reste pas moins infiniment mystérieuse et difficile à saisir. Nérée, le vieillard de la mer, dépositaire de toutes les sagesses, des secrets et des prophéties, répugne à les livrer et se dérobe à tous en se métamorphosant.

Chaque mythe est constitué de plusieurs épisodes, qui symbolisent les étapes successives de la pensée humaine. Delphes, Omphalos du monde et, à l'origine, sanctuaire de Gaïa, la déesse mère et d'un Python femelle, deviendra le lieu de résidence favori de l'oracle d'Apollon, Dieu de la lumière, lorsque celui-ci, venu sous la forme d'un dauphin aura vaincu le Python. Zeus est à l'origine d'une révolution céleste qui voit la chute de Chronos dont sont issues les entités les plus monstrueuses de la mythologie classique. Un nouvel ordre s'instaure qui verra les héros des grands cycles mythiques vaincre ces fantastiques entités pré olympiennes. C'est Hercule combattant l'Hydre de Lerne ou Persée décapitant Méduse. Petit à petit L'ère de la raison prend le pas sur les premières tentatives d'explication du monde organisées autour de traditions et de cultes plus anciens. Pour autant jamais aucun renouvellement du mythe ne viendra effacer ces éléments archaïques. Les uns et les autres s'intègrent harmonieusement pour former une histoire complète. Ainsi au-delà du temps les craintes et les interrogations inquiètes des premières consciences humaines restent palpables. La mythologie grecque est un rappel infiniment touchant de l'universalité des questions que l'homme se pose au-delà des frontières et surtout au-delà du temps. Réponses variables mais déjà, depuis le début, communauté de craintes…le Mythe comme réserve de la pensée universelle

Après que les premiers récits eurent cédés le pas au suivants, la mythologie tend à offrir à l'homme antique une description du monde qui tout en se voulant très rationnelle n'en est pas moins toujours empreinte de poésie : la raison et le cœur se fondent pour donner par exemple le très joli mythe de Thémis, première épouse de Zeus, et déesse de la constance du monde. Ses filles seront les heures, la Paix, la Discipline, la Justice et les effrayantes moires, Atropos, Lachésis et Clotho, qui aux enfers filent les destinées humaines. La sagesse philosophique vient fertiliser ce nouvel univers mythologique où Zeus tout-puissant incarne l' ordre éternel.

La mythologie classique va alors poursuivre sa réflexion et développer une réponse unique et originale, sans pour autant renier son héritage. L'irrationnel terrifiant n'aura désormais plus une place prépondérante. Pas de Puissances Infernales constituées en un tout organisé pour venir expliquer pourquoi le monde soudain marche à rebours. Ces récits classique refusent l'écueil d'une simplification abusive organisant le monde entre les forces du bien et d'autres plus obscures. Si le merveilleux règne encore dans les mythes classiques la magie reste un phénomène très limité. Pas d'ensorceleurs maléfiques ou de sinistres nécromanciens dépositaires de secrets et susceptibles à tout moment d'ouvrir des passerelles vers un au-delà terrifiant pour que les ténèbres hurlantes déferlent sur le monde. Exit, tous ces objets de terreur qui depuis Sumer et Babylone faisaient de l'Homme le sujet et la victime impuissante de maux aussi terribles que surnaturels. Ce n'est qu'à l'époque hellénistique que l'on recommencera à trouver sous l'influence des mythes égyptiens et orientaux des rituels mystérieux destinés à faire reculer le mal. Dans sa forme classique la mythologie permet à l'humanité d'arriver à l'âge de la raison et l'obscurité ne recèle plus en son sein de terribles menaces.

C'est en eux-mêmes que Les dieux comme les hommes portent en les germes d'un mal qu'ils ont désormais la sagesse et l'humilité de ne pas expliquer par l'intervention systématique de puissances aussi mauvaises qu'extérieures. Cette opposition fondamentale à l'être humain se retrouvera symbolisée dans le couple divin Apollon/Dionysos. La raison contre les sens, L'harmonie contre la démesure. Mais les récits ne tranchent pas en faveur de l'un ou de l'autre . Le sujet deviendra davantage un terrain qui occupera tous les philosophes, stoïciens, épicuriens, sophistes…La mythologie a ouvert le débat de la réflexion philosophique. Ou, pour reprendre les termes de Pierre Grimal, voilà comment " la poésie a pu se faire sagesse "

Voilà, je ne suis pas une mythologue émérite, tout juste à peine une néophyte, et peut-être que je n'ai pas assez de connaissances dans ce domaine pour oser une analyse. Mais analyser c'est toujours une façon de parler de ce que l'on aime ! En plus je n'ai sans doute pas non plus suffisamment de recul pour pouvoir être objective : Obélix est tombé dans la marmite de potion magique lorsqu'il était petit, moi je suis tombée dans la marmite magique des potions mythologiques distillées par Ovide dans ses Métamorphoses, et j'en veux bien encore !

Et comme mon esprit tourne toujours autour de la magie des récits mythologique, même s'il s'agit de magie au sens figuré, voilà l'histoire des deux seules magiciennes des légendes classiques, Circé et Médée, la tante et la nièce, qui partagent l'art des sortilèges mais aussi la beauté que n'ont pas les horribles vieilles sorcières aux doigts crochus de nos temps modernes : Après cela inutile de se demander pourquoi il n'est pas toujours bien d'être un partisan inconditionnel du progrès……….

Histoire de Circé

C'est en suivant la longue errance d'Ulysse pour retourner à Ithaque que l'on peut croiser les sortilèges de la belle Circé. On sait que ce monsieur, victime de la vindicte de Poséidon contre les grecs victorieux qui s'adonnèrent sans aucune vergogne au pillage de la malheureuse Troie, mit vingt ans avec ses compagnons pour revoir enfin les rivages de son île chérie. Son long périple l'amena à croiser la route de Circé.

Pour replacer cette rencontre dans le contexte des aventures successives d'Ulysse, il faut savoir qu'il aborda les rivages de l'île ou demeurait Circé après un terrible désastre : sa précédente escale l'avait conduit dans les parages d'une contrée peuplée d'hommes gigantesques et, par surcroît, anthropophages : le pays des Lestrygons, que l'on situe sur les actuelles côtes campaniennes - beaucoup moins dangereuses à fréquenter de nos jours, cette méchante espèce de cannibales étant complètement éteinte depuis -. Ceux-ci détruisirent tous les vaisseaux de la flotte, à l'exception de celui sur lequel se trouvait Ulysse qui eut le temps de fuir -Ouf, Sinon pas de Circé !-. Désespérés, le seigneur d'Ithaque et ses derniers compagnons jetèrent l'ancre dans la première île venue afin de s'y refaire une santé. Pas forcément une bonne idée pour eux, comme le démontre la suite de l'histoire : C'était l'île d'Aea, royaume de Circé, la plus belle et la plus dangereuse des magiciennes. Cette île est identifiée aujourd'hui avec le promontoire de Monte Circeo, au sud du latium sur la péninsule Italienne, mais il est inutile d'espérer y trouver Circé qui en est partie depuis tout ce temps.

Circé avait pour faculté de transformer en animal tout homme qui l'approchait, mais pas entièrement, sinon l'histoire ne saurait être drôle…La conscience de son sort restait au pauvre malheureux ainsi bêtifié, et il comprenait fort bien le dégradant état dans lequel il se trouvait. Les compagnons d'Ulysse n'y échappèrent point : Circé les attira dans sa demeure et les transforma illico en pourceaux au moyen d'un breuvage maléfique. Puis elle les enferma dans une porcherie et pour tout festin leur offrit une nourriture de cochons, c'est-à-dire des faînes et des glands, qu'ils furent bien obligés de manger malgré leur conscience restée humaine… Seul, un compagnon d'Ulysse, effrayé et méfiant (le grain de sable de l'histoire, s'il fallait le nommer), avait résisté et, devant ce terrible spectacle, il prit ses jambes à son cou pour aller prévenir son capitaine resté confortablement au chaud dans le navire.

A cette nouvelle Ulysse , bon compagnon, oublia toute précaution et s'empressa de sortir pour tenter d'aller sauver ses camarades de galère. Chemin faisant, il rencontra un beau jeune homme, qui n'était autre qu'Hermès et qui lui fit présent d'une herbe dont les vertus étaient propres à annuler tous les charmes de Circé. Muni de ce talisman, Ulysse entra sans sourciller dans la demeure de la magicienne et vida d'un trait la coupe empoisonnée qu'elle lui avait tendue en guise de bienvenue. On imagine que Circé aurait du s'étouffer de rage en voyant ses sortilèges ainsi réduits à néant ! Il n'en fut rien, bien au contraire, la belle magicienne fut remplie d'une telle admiration pour cet homme capable de résister à ses enchantements que ce fut elle qui tomba sous le charme et qu'elle s'en éprit sur le champ. Elle céda donc aux instances d'Ulysse, à qui elle ne pouvait plus rien refuser, et rendit aussitôt à ses compagnons leur forme humaine. Puis elle les accabla de tant de présents et les traita avec tellement de générosité, qu'il s'écoula une année entière avant qu'ils ne songeassent à repartir. Ulysse lui laissa un fils, Télégonos, " celui qui a été conçu au loin ".

C'est Circé qui révéla à Ulysse avant qu'il ne la quitte, qui était en mesure de le guider sur le chemin du retour vers Ithaque : L'âme de Tirésias, le saint homme de la Thèbes grecque. Mais pour rencontrer le fantôme de Tirésias, Il fallait à Ulysse traverser le fleuve Océan et guider la proue du navire vers le rivage de Perséphone, l'épouse du souverain infernal. Là, au pays des cimmériens , se trouvait un puit qui permettait d'accéder au royaume d'Hadès. Les âmes défuntes pouvaient y être attirées si l'on remplissait ce puit du sang d'animaux fraîchement égorgés, car toutes les ombres des vivants sont possédées d'une inextinguible soif de sang… Ulysse fit comme Circée lui avait indiqué et repoussa de son glaive tous les morts qui se précipitèrent pour boire le sombre breuvage, jusqu'à ce que paraisse l'âme de Tirésias qui lui indiqua, après s'être désaltérée, les pièges futurs à éviter afin de pouvoir rentrer sain et sauf chez lui.

C'est aussi Circé qui mit en garde Ulysse contre les Sirènes, son vaisseau devant passer à proximité des rivages de l'île habitée par ces dames aux voix aussi dangereuses que pleines de grâce. Ulysse demanda à ses compagnons de se boucher les oreilles avec de la cire et, tout en refusant d'appliquer cette précaution à lui-même, se fit attacher le plus étroitement possible au mât du navire, pour pouvoir écouter ces mélopées qui menaient tous les hommes à une mort certaine. Ainsi Ulysse est-il à jamais le seul homme qui, un jour, entendit le chant des Sirènes et n'en périt point.

Pourquoi Circé éprouvait-elle ce besoin de transformer ainsi les hommes en animaux ? Peut-être ne s'agissait-il là que d'une vengeance suite à sa triste rencontre avec Glaucos, à moins que ce soit par goût personnel.

Glaucos était un simple pêcheur à qui les dieux marins, accordèrent , pour son malheur, le droit de devenir l'un d'eux, avec l'aimable permission d'Océan et de Théthys. De simple homme il fut ainsi intronisé divinité aquatique, avec les inconvénients qui s'attachent à ce statut, à savoir : un corps mi-homme, mi-poisson et des algues en guise de cheveux. L'histoire de notre blonde petite sirène nordique, en version masculine et à rebours. C'est ainsi transformé que notre Glaucos aperçut un jour la jolie nymphe Scylla, venue prendre un bain de mer. Il en tomba sur le champ éperdument amoureux. Mais à la vue du corps déformé et monstrueux de cet amoureux ni homme ni poisson et, qui plus est, au chef recouvert d'algues, la gentille nymphe fut terrorisée et s'enfuit aussi sec.

Désespéré comme on peut seulement l'être dans une histoire sans queue ni tête humaine, et souhaitant trouver un moyen d'attendrir le cœur de sa nymphe, Glaucos s'en fut trouver Circé pour la prier de lui trouver un puissant philtre d'amour. Glaucos ne pouvait craindre d'être transformé en animal par Circé, vu le triste état dans lequel il se trouvait déjà, n'est ce pas ? Hélas pour lui, c'est peut-être ce qui fut la cause de la perte définitive de toutes ses espérances : Contrairement à Scylla, Circé, loin d'être rebutée par l'apparence de l'ex-pêcheur, s'en éprit aussitôt qu'elle le vit. C'est là qu'on voit que notre magicienne n'était pas si claire et aimait peut-être bien elle-même pêcher en eaux troubles…

Mais cet amour n'arrangeait pas du tout les affaires de ce malheureux Glaucos qui n'était pas encore, selon toute vraisemblance, au courant de cette sombre histoire de triangle relationnel, perfectionnée ensuite par des générations d'êtres humains et dans laquelle celui ou celle qui aime n'est en général jamais celui ou celle que l'objet de cet attachement souhaiterait voir éperdu d'amour… La sagesse commande toujours une conduite prudente dans ce type de situation, mais Glaucos dans son ignorance repoussa avec véhémence l'amour de la très ravissante Circé et jura que jamais rien ne pourrait détourner son cœur de la gentille Scylla. A ces mots Circé, toujours aussi belle, mais d'une beauté qui ne lui servait à rien, retourna sa colère contre la pauvre nymphe et prépara un poison terrible qu'elle versa dans la crique où celle-ci avait coutume de venir se baigner. A peine la pauvre nymphe fut-elle rentrée dans l'eau, qu'elle se retrouva transformée en un abominable monstre dont le corps était formé de serpents et de têtes de chiens féroces qui ,sans répit, s'entre déchiraient. Dans son infortune Scylla se réfugia sur un rocher et désormais pleine de haine et de souffrances pour elle-même et pour autrui se mit à détruire tout ce qui l'approchait, devenant par là même l'un des pires périls auxquels les marins pouvaient être confrontés.

Histoire de Médée

L'autre seule grande enchanteresse qui eut des pouvoirs comparables à ceux de Circé dans l'univers gréco-romain, est la très belle Médée, dont le nom est indissociable d'un mythe aussi célèbre que l'Odyssée : La conquête de la Toison d'Or, dont Jason est le célèbre héros. Embarqué avec ses compagnons sur le navire Argo, celui-ci s'en fut chercher dans la lointaine Colchide cette dépouille sacrée , liée à l'histoire de sa famille et qui devait lui permettre de reconquérir le trône royal auquel sa naissance lui donnait droit, mais que son perfide oncle Pélias avait usurpé.

Jason était le fils du roi légitime d'Iolcos qui avait été détrôné par ce méchant Pélias. Elevé en exil, Jason bénéficia, en contrepartie, d'un enseignement de toute première qualité puisqu'il fut élève du Centaure Chiron qui lui apprit, entre autres, la médecine. Parvenu à l'âge adulte Jason se décida à aller réclamer son royaume et arriva à la cour de l'usurpateur pied gauche dénudé, conformément à un vieux rite guerrier. Or, son oncle avait été prévenu par un oracle qu'il lui faudrait prendre garde à tout étranger qui n'aurait qu'une chaussure. Il s'approcha ainsi perfidement du jeune étranger et lui demanda à quel châtiment pourrait être condamné un homme complotant contre le roi ? Jason répondit sans sourciller, qu'il fallait condamner cet homme à aller quérir la toison d'or. Triomphant, le vieux fourbe s'exclama " tu viens de prononcer ta propre sentence ! "

Cette dépouille sacrée était la toison d'un bélier divin, présent d'Hermès à une ancêtre de Jason. Elle était conservée en Colchide, pays qui confine à la mer Inamicale, notre moderne mer Noire baptisée en ces temps antiques d'un nom qui est à lui seul déjà tout un programme…La contrée était peuplée par de sauvages habitants sur lesquels régnait le roi Aétès dont le cœur n'était guère disposé à combler de bienfaits des étrangers et encore moins si ceux-ci étaient des grecs, venus par surcroît lui réclamer une dépouille sacrée sur laquelle il veillait avec la plus grande jalousie. Ainsi est-ce le cœur tranquille que Pélias, l'oncle de Jason, vit partir ce dernier certain qu'il était en son for intérieur, que jamais Jason ne pourrait ramener la Toison d'Or, sans parler de revenir vivant de ce périple…

Pour finir de planter le décor il est nécessaire de rappeler un certain nombre de points sans lesquels l'histoire serait incomplète. Il est bien entendu qu'en ces temps là aucun héros digne de ce nom, ne se serait embarqué dans une telle aventure sans bénéficier ne serait-ce que de la protection d'un seul des grands dieux olympiens. En l'occurrence c'est Héra, l'épouse du tout-puissant maître de l'Olympe, qui joue le rôle de déesse protectrice dans cette histoire. Pour donner plus de chance de succès à ses protégés elle avait dès le départ suscité en eux le désir de renoncer à une vie sans périls, fût-ce aux prix de la mort, et leur avait donné à boire l'élixir sans pareil du courage. Autre atout pour Jason, la nef sur laquelle il s'embarqua n'avait rien d'un vaisseau ordinaire : Construite par le géant Argos, sa proue était faite dans un morceau de bois sacré venant d'un sanctuaire d'Athéna et cadeau de la déesse. Embarcation magique s'il en fût, l'Argo était dotée de propriétés merveilleuses puisque par sa figure de proue, la nef pouvait énoncer prophéties et oracles……

Après un certain nombres d'aventures déjà bien éprouvantes, et au cours desquelles les Argonautes virent s'éclaircir leurs rangs, les courageux navigateurs conduits par Jason débarquèrent finalement en Colchide. Mais sur l'Olympe, les dieux s'ennuient et se passionnent du coup pour les aventures humaines. L'intervention d'Héra ne se cantonna pas à ce fameux élixir. Emue des difficultés potentielles auxquelles ses protégés allaient devoir faire face en Colchide, Héra s'en fut trouver Aphrodite qui jouait avec le petit Eros sur ses genoux. Le roi de Colchide, Aétès, avait en effet une fille, qui n'était nulle autre que Médée, et Héra avait eut l'idée de se servir de la fille du roi pour appuyer Jason dans son entreprise. Mais encore fallait-il s'assurer de la pleine et entière coopération de cette dernière, ce qui n'était pas gagné d'avance sauf intervention divine. Héra pria donc Aphrodite d'envoyer son fils percer de flèches le cœur de Médée pour qu'elle confonde Jason avec le soleil, et cède à tous ses souhaits, dut-elle pour cela trahir son amour filial. Aphrodite n'aimait guère Héra, en fait tout indique que les deux déesses se détestaient mutuellement, mais flattée de voir la souveraine de l'Olympe s'abaisser à lui demander un service, elle consentit à convaincre Eros d'aller frapper Médée de ses traits. Et, Eros, quoique fort occupé à d'autres jeux , céda à sa mère, lorsque celle-ci lui promit en échange de ses services de lui offrir un magnifique jouet : un ballon en or et en émail bleu. Comme quoi, en ces temps pourtant déjà lointains il semble que tout ait déjà eu un prix, y compris l'amour…

les Argonautes arrivés au royaume de Colchide furent aussitôt reçus par le roi, qui avait été averti de l'arrivée d'une brillante troupe de jeunes étrangers. Attirée par cette nouvelle, Médée se glissa pleine de curiosité dans la salle de réception et dès que ses yeux se portèrent sur Jason, Eros, aux aguets, lui décocha en plein cœur l'une de ses flèches acérées. Un amour intense enflamma aussitôt le cœur de Médée qui, interdite et tremblante se retira doucement dans sa chambre.

Cependant Aétès avait convié ses invités à un festin et, dès que ceux-ci furent rassasiés, s'enquit du motif de leur venue. Jason lui exposa la nécessité devant laquelle il se trouvait de lui réclamer la Toison d'Or, tout en promettant au roi qu'il serait son éternel obligé s'il voulait bien la lui laisser emporter. A ces mots une sombre colère envahit le cœur d'Aétès. Mais les lois de l'hospitalité lui défendaient de lever la main sur un de ses hôtes. Il fit donc mine d'accepter la requête de Jason, tout en l'assortissant de conditions irréalisables. La Toison ne pouvait être, dit-il, remise qu'à des hommes qu'une exceptionnelle bravoure rendait dignes d'un tel présent. Pour témoigner de cet extraordinaire courage, Jason devrait sortir victorieux de deux épreuves : il fallait mettre sous le joug, pour labourer tout un champ, deux taureaux furieux dont les pieds étaient d'airain et le souffle de flammes. Puis dans les sillons ainsi creusés le jeune homme devait sans se retourner, jeter les dents d'un dragon. De cette semence sortirait une moisson d'hommes sanguinaires qu'il fallait entièrement exterminer. A l'énoncé de ces épreuves, Jason sentit tout espoir l'abandonner, mais son honneur lui commandait néanmoins d'accepter un défi qu'il pensait insurmontable.

Les Argonautes se retirèrent ainsi le cœur empli de désespoir, pour attendre l'aube du jour suivant durant lequel les épreuves devaient se dérouler. Or, l'un des compagnons de Jason se souvint qu'il avait entendu dire que Médée la fille du roi, qui était sa parente, excellait dans les charmes et les sortilèges et que peut-être, il était possible de lui demander secours. De son côté Médée était restée en pleurs dans sa chambre, déchirée entre son désir de venir en aide à Jason et l'observance de son devoir filial. Au bout d'un certain temps, elle n'y tînt plus et préférant devenir un objet d'horreur aux yeux de tous en trahissant son père pour aider un inconnu, elle sortit d'une cassette un onguent magique fait d'une plante née des gouttes de sang de Prométhée, pour aller en faire cadeau à Jason. De son côté, le jeune homme avait quitté l'Argo, déterminé à aller implorer Médée de lui apporter son secours. Les deux jeunes gens se croisèrent ainsi sur des chemins qui les portaient l'un vers l'autre et Jason eut le plaisir de voir Médée s'offrir à l'aider sans aucune difficulté. Malgré le trouble qui s'était emparée d'elle Médée garda suffisamment de présence d'esprit pour expliquer à Jason comment se servir de l'onguent qui rendait invulnérable et lui indiqua également comment vaincre les soldats enfantés par les dents de dragons : il suffisait de jeter parmi eux une pierre pour qu'ils détournent leur attention et commencent à s'entretuer

Je jour suivant vit, en conséquence, Jason triompher avec la plus grande aisance des épreuves imposées par Aétès. Plein d'amertume et remâchant sa déconvenue, le roi se promit de se venger, cette fois de façon définitive. Médée, informée des sombres desseins de son père s'empressa d'aller prévenir Jason qui fêtait sa victoire avec ses compagnons. Dans l'assemblée joyeuse elle arriva, les cheveux défaits et pleine d'angoisse, pour enjoindre les argonautes de s'emparer aussitôt de la toison d'or avant d'appareiller car le roi avait décidé de faire brûler le bateau avec ses occupants. Pour la remercier de son aide Jason lui promit à Médée de l'emmener avec elle et de l'épouser dès qu'ils seraient à nouveau en sécurité sur le sol de la Grèce. Ce fût à Médée qu'il revint d'aller chercher la Toison d'or dans le bosquet sacré où veillait sur elle un monstrueux python. Elle chanta à ce dernier une série d'incantations magiques qui l'assoupirent et s'empara sans danger de la précieuse toison.

Les argonautes remontèrent alors tous à bord de leur navire et s'empressèrent de relever l'ancre. Mais Aétès prévenu du vol et de la trahison de sa fille prit la tête d'une immense armée pour se lancer à leur poursuite. A Nos yeux modernes, Médée n'avait jusqu'à présent commis que des crimes bien légers. La suite de l'histoire la voit inaugurer une carrière bien autrement sanglante : Sans que l'on sache pour quelle raison le frère de Médée était monté à bord de l'Argo. Afin de retarder l'armée royale qui les poursuivait, Médée égorgea l'enfant et coupa son corps en morceaux qu'elle jeta dans la mer. Aétès s'attarda pour recueillir les restes de son fils et l'Argo en profita pour échapper définitivement à la troupe de ses poursuivants. Avant de pouvoir retourner définitivement chez eux les argonautes durent faire un détour par les côtes campaniennes, pour aller se faire purifier par Circé, sœur d'Aétès et tante de Médée, car l'Argo avait révélé que Zeus était terriblement irrité par le meurtre du jeune frère de Médée.

On pourrait penser que Jason, terrifié par les solutions radicales de sa fiancée, aurait eut l'idée de revenir sur sa promesse de mariage une fois tout danger écarté. Il n'en fut rien. C'est donc accompagné de Médée qu'il rentra dans son royaume pour réclamer son trône à son oncle Pélias, en échange de la toison d'or. Là, de terribles nouvelles l'attendaient. Pélias avait condamné à mort le père de Jason et sa mère, de chagrin, s'était laissée mourir.Résolu à venger ses parents Jason se tourna une fois de plus vers Médée.

Le roi Pélias avait deux filles que Médée fit convoquer et à qui elle expliqua qu'elle connaissait le secret de l'éternelle jeunesse. Joignant le geste à la parole elle égorgea devant elles un bélier chargé d'ans et le dépeçant, jeta ses morceaux dans une marmite d'eau bouillonnante remplie d'herbes magiques. Puis là, devant la marmite elle se mit à psalmodier des incantations magiques jusqu'à ce que jaillisse du chaudron un agneau nouveau-né. Elle n'eut guère de mal à convaincre les deux crédules jeunes filles d'appliquer le même traitement à leur père pour lui rendre sa jeunesse. S'armant de courage devant une besogne qui malgré tout leur répugnait les filles de Pélias, à qui Médée avait administré un puissant soporifique, égorgèrent et coupèrent leur père en morceaux avant de le jeter dans la marmite. Mais lorsqu'elles se retournèrent pour demander à Médée de réciter ses formules magiques, celle-ci avait disparue, et les filles du roi comprirent à leur plus grand désespoir que la magicienne s'était moquée d'elles et qu'elles venaient d'assassiner leur père. Jason était vengé au-delà de tout espoir !

Quoi que Médée eût fait, en bien ou en mal, c'est pour Jason qu'elle le fit et si ses mains se souillèrent de sang ce fut uniquement pour lui. La suite de l'aventure montre que Jason tout héros qu'il fût, n'en avait pas moins ses défauts, parmi lesquels l'ingratitude et la sécheresse d'âme figuraient en bonne place.

Après le meurtre de Pélias, Médée et Jason, à qui deux fils étaient nés, furent bannis du royaume d'Iolcos et s'en vinrent vivre à Corinthe. La fille de Créon, souverain de Corinthe, était belle et une alliance avec elle encore plus. Jason se résolut à l'épouser, oublieux de ce qu'il devait à Médée pour ne plus songer qu'à son ambition. Pleine d'angoisse devant cette trahison de celui pour qui elle avait tout perdu Médée laissa échapper sa douleur devant le roi de Corinthe qui, craignant pour la vie de sa fille, condamna Médée à l'exil avec ses deux fils. Prostrée dans son désespoir Médée songeait au sang qu'elle avait versé pour un ingrat et maudissait la sauvage et violente passion qui était cause de son malheur. C'est dans cet état que la trouva Jason, venu lui rendre une ultime visite. Loin d'être touché par la détresse de celle à qui il devait tant, Jason se montra sous un jour infiniment peu flatteur puisqu'il accabla de reproches la pauvre Médée, la traitant d'insensée pour ne pas avoir su taire sa colère devant le roi de Corinthe. De son sort d'exilée, elle-même était responsable et malgré toute la bonne volonté qu'il avait mise à essayer d'infléchir la volonté royale, il n'avait pu obtenir que son sort soit adouci. Elle devait ainsi partir immédiatement et Jason soucieux de l'aider lui apportait de l'or pour hâter son départ.

Devant ces paroles Médée rappela à Jason tout ce qu'il lui devait mais n'obtint pour seule réponse que la révélation du secret qui l'avait conduite à tout trahir pour lui : Les dieux et non Jason s'étaient joués d'elle et elle aurait dû être reconnaissante de ce qu'il avait accepté de l'amener en Grèce, un pays bien autrement civilisé que La Colchide. A ces mots Médée sentit son cœur se glacer un peu plus en elle et, décidée à la vengeance, n'adressa plus un mot à Jason sauf pour repousser l'or qu'il lui apportait. Devant ce refus Jason S'éloigna d'elle avec colère, lui reprochant son orgueilleuse obstination.

Restée seule, Médée songea au moyen de tuer sa rivale pour parvenir à sa vengeance. Elle sortit d'un coffre une robe resplendissante et après l'avoir enduite d'un philtre maléfique, la confia à l'aîné de ses fils pour qu'il l'apporte comme présent à la fille du roi. Sans méfiance devant ce somptueux présent qu'elle prit pour un gage d'amitié, la nouvelle épouse de Jason voulu immédiatement essayer la parure mais, dès qu'elle l'eût endossée un feu dévorant la brûla et elle tomba privée de vie sur le sol. Pour faire bonne mesure le feu se propagea à tout le palais qu'il détruisit. L'accomplissement de sa vengeance n'avait pas calmé le sombre désespoir de Médée qui avait conçu l'atroce dessein de ravir aussi à la vie ses deux fils. Exilés, sans protection en dehors de la cité, ils ne restaient à ceux-ci d'autre espoir que d'être, au mieux, traités partout en étrangers, au pire de tomber en esclavage. Refusant pour eux ce sort funeste et souhaitant que jamais aucune main plus cruelle que la sienne ne leur donne la mort, Médée tua ses enfants. Rempli de fureur à l'annonce de la mort de sa nouvelle épouse Jason accouru pour se venger à son tour en tuant Médée. Il trouva les cadavres de ses deux petits garçons et, de la magicienne ne vit que le char tiré par des dragons qui l'emportait à travers le ciel….

Morale de l'histoire ? Je donne ma langue à la Chimère et… j'évite de fréquenter les archers ou ceux qui s'y apparentent…

Petite histoire d'Orphée pour patienter jusqu'à ce que Morphée..

Petite histoire d'Orphée pour patienter jusqu'à ce que Morphée me tendent des bras bienveillants ......Autant prévenir, c'est un peu long, mais je survole les plaines arides de l'insomnie ou alors le dieu du sommeil s'est lassé de m'attendre et me boude ?
Je ne pense pas devoir apprendre grand chose sur le sujet mais je suis une fanatique du détail et j'ai à nouveau fait une incursion dans mon passé studieux, parce que j'ai voulu aller retrouver à la source cette histoire d'Orphée, le charmant charmeur qui a enchanté la faune et la flore de la Thrace antique et dont les sons si mélodieux surent détourner les Argonautes d'une mort certaine vers laquelle les attirait les chants trompeurs des Sirènes.. Rien ne fut impossible à celui dont l'art devait apprivoiser Cerbère, le chien infernal et tricéphale (Une variété locale et antique de dragon;-). Sauf, peut-être, le bonheur, car la musique a beau être un art d'essence divine, le pauvre Orphée n'eut pas la possibilité de faire fléchir deux fois les dieux en sa faveur.

Reprenons dans l'ordre. La musique est née au sommet de l'Olympe : Athéna inventa la flûte, Hermès créa le fifre du berger puis la lyre, qu'il offrit à Apollon, musicien émérite dont les sons enchanteurs plongeaient la confrérie divine dans l'extase, et Pan inventa le pipeau de roseau dont les accords mélodieux surpassent le chant du rossignol au printemps. Nul besoin de revenir sur le chœur des muses aux voix incomparables...

Rare exemple parmi les mortels, Orphée excella à tel point dans son art qu'il égala les dieux. Il faut dire qu'il avait de qui tenir : Fils du roi de Thrace et d'une muse, il reçu de sa mère son don divin. Rien ni personne ne pouvait lui résister. Sans comparaison avec le petit joueur qui sauva jadis une ville allemande d'une invasion de rongeurs ! Les fleuves changeaient leurs cours, les collines se déplaçaient, les arbres ployaient leur faîtes à son passage et les bêtes féroces et sauvages accouraient pour mieux l'entendre... Il accompagna Jason dans sa quête de la toison d'or. Aux sons de sa lyre chantante, l'écume rugissante se taisait tandis que s'apaisaient les colères des plus violents Argonautes, et lorsque la lassitude s'emparait des navigateurs, Orphée savait faire renaître en eux l'espérance. Attirés par les mélopées ensorcelantes des sirènes et voués au naufrage, les compagnons de Jason ne durent leur salut qu'à Orphée qui sut, par des sons vibrants, étouffer les voix fatales des cruelles enchanteresses.

Puis Orphée rencontra Eurydice. Les circonstances et les lieux de la rencontre ne sont pas très clairs, mais elle déboucha sur une union immédiate. Happy End ? Que nenni ! Heureuse inspiration que d'avoir célébré leurs noces dans la plus grande célérité : leur bonheur fut de brève durée. La fête nuptiale à peine achevée une vipère mordit Eurydice au pied et pour tout voyage de noces, la pauvre épousée gagna un aller simple pour le Royaume des Ombres.....Accablé de désespoir Orphée se jura d'aller arracher Eurydice d'entre les mains d'Hadès. Ainsi osa-t-il entreprendre le redoutable voyage vers le monde des ténèbres, ce que nul autre homme n'avait encore tenté. Armé de sa Lyre, Orphée sut charmer les enfers et tous ses habitants : Le redoutable Cerbère baissa sa garde, Tantale oublia son supplice, Sisyphe cessa de pousser sa pierre, les Erynnies, déesses de l'Épouvante, s'émurent, et le visage d'Hadès, pourtant implacable souverain infernal, se couvrit de larmes de fer....
Promesse fut faite à Orphée de retrouver Eurydice vivante, mais à une condition :Celle de ne pas se retourner pour la regarder avant d'avoir atteint le monde des vivants. On sait ce qui arriva : Brûlé du désir de revoir la jeune fille, Orphée se retourna dès qu'il fut entré dans la lumière du soleil. Hélas, trop tôt ! Eurydice était encore dans le gouffre obscur et Orphée ne put que voir son ombre chancelante lui dire adieu avant de disparaître pour toujours . Ce coup d'œil fatal me rappelle l'histoire de la femme de Loth qui se retourna une dernière fois pour voir Sodome et Gomorrhe, malgré la défense divine, et qui fut aussitôt changée en statue de sel : Est-il donc si dangereux et seulement promesse de mort et de stérilité de regarder en arrière et d'outrepasser les décrets du ciel ? Ou ces interdits ne sont-ils là que pour mieux souligner le danger de s'attarder sur le passé ?

Jamais les Dieux ne permirent à Orphée de rentrer une seconde fois vivant dans le monde des ombres et c'est plongé dans un indicible désespoir qu'il retourna, seul, sur terre. Il s'affranchit pour toujours de la compagnie des humains et erra désormais dans les solitudes sauvages de la Thrace, gardant pour seuls amis les arbres, rivières et rochers qui l'écoutaient avec ravissement chanter et pleurer sa peine. La fatalité l'amena un jour à croiser le chemin d' une troupe de Ménades en proie au délire divin. Celles-ci fondirent sur lui et le dépecèrent, jetant sa tête dans l'Hèbre. Les eaux du fleuve la portèrent jusqu'à l'île de Lesbos, où les muses compatissantes la recueillirent et lui donnèrent une sépulture dans le sanctuaire. Puis elles rassemblèrent ses membres épars et les déposèrent au pied de l'Olympe. On raconte qu'aujourd'hui encore le chant des oiseaux y est plus beau que partout ailleurs.........

L'histoire d'Orphée est pleine d'injustice, n'est ce pas ? Pour moi elle ne prend de sens que si on la rattache à l'orphisme, ce courant religieux qui apparut dans la Grèce archaïque et dont les adeptes faisait remonter sa naissance à Orphée. Les dieux du panthéon hellénique y prennent un caractère cosmique et symbolique et il s'y révèle déjà une forte tendance vers la notion d'une divinité unique et transcendante. Zeus devient le premier et le dernier, en d'autres termes l'Alpha et L'Oméga, cherchez l'erreur... Toujours les mêmes interrogations devant l'immensité bien vide du ciel et déjà les mêmes tentatives de réponses (ou tentantes réponses ?). Au centre de l'orphisme, se trouve le mythe central de Zagreus, Fils de Zeus et de Déméter, déesse de la renaissance. Zagreus avait reçu l'empire du monde et les Titans, jaloux, le déchirèrent et le dévorèrent alors qu'il s'était transformé en taureau. Mais Athéna sauva l'âme de Zagreus que Zeus ressuscita sous le nom de Dionysos. Quant aux titans, le Souverain de l'Olympe les foudroya et de leurs cendres naquirent les hommes, formés des deux substances opposées, celle des Titans, terrestre et périssable, et celle de Zagreus, divine et éternelle, que les titans avaient ingérée. Sur cette idée, l'orphisme professait que l'homme possédait une âme immortelle déchue à la suite d'un péché originel et qui, par de successives incarnations, se purifiait pour retourner vers le Bien et le Zeus-Tout. L'initiation et la purification étaient les seules voies de rédemption. La doctrine de l'orphisme est ainsi déjà une doctrine du salut et de l'espoir en une justice meilleure dans un autre monde. Les initiés déclaraient appartenir à la race bienheureuse des immortels et prétendaient que leur âme était fille du ciel étoilé. Comme les pythagoriciens avec lesquels on leur prête des liens étroits ils s'abstenaient de manger de la chair animale (de mon coté, cela fait déjà plusieurs siècles que j'ai arrêté ;-). l'idée fondamentale du Platonisme, celle du corps tombeau de l'âme et de la chute de l'âme dans le monde de la génération est totalement d'inspiration orphique. Le voyage d'Orphée aux Enfers et toute la symbolique qui s'y rattache, y compris la fin tragique du pauvre musicien qui reprend le schéma de la mort de Zagreus est à replacer dans le contexte de l'orphisme et du platonisme qui s'en est inspiré.

Histoire complète et véridique du roi Midas par Sabine L.

J'ai retrouvé dans mes anciens livres d'étudiante la version authentique et véridique ;-) des malheurs qui arrivèrent au Roi Midas. Je ne me souvenais plus des détails, c encore mieux que ce dont je me rappelais.

C'est Dionysos/Bacchus, le Dieu des excès, des passions et de la démesure qui accorda à Midas la réalisation du moindre de ses désirs et ceci en remerciement, car Midas avait recueilli Silène, le vieux compagnon de Dionysos, dans son palais pendant plusieurs jours et l'avait enchanté de fetes et de réjouissances

Midas demanda à Dionysos que tout ce qu'il toucherait désormais se transforma en or et quoique Dionysos, dès le départ , sut ce qui allait arriver il accorda ce don au roi.......Qui, comme tout le monde le sait supplia le Dieu après 24h00 de jeune forcé de le rendre semblable à ce qu'il était auparavant. Dionysos conseilla au roi d'aller se baigner dans la source du fleuve Pactole, et c'est à cause de cela que l'on trouve encore aujourd'hui des paillettes d'or dans le sable de ce fleuve (si ca t'interesse de devenir prospecteur d'or, l'ancienne Phrygie, royaume de Midas se trouve aujourd'hui en Turquie;-).

Mais la suite de l'histoire est aussi intéressante. Ce pauvre roi Midas était effectivement stupide jusqu'au bout. Il fut par la suite choisi pour arbitrer avec d'autres un concours musical opposant opposant Apollon et le satyre Marsyas. Sans doute avait-il oublié qu'Apollon était un dieu et qui plus est le Dieu de l'harmonie et des arts et que seul le choeur des muses pouvait rivaliser avec lui, parce qu'il trouva intelligent de voter pour Marsyas........
Pour le punir Apollon le dota d' oreilles d'ane en déclarant qu'il ne faisait que donner une forme appropriée à des oreilles si dures et si obtuses (on ne plaisante pas avec les Dieux !

Midas cacha ses oreilles sous 1 tiare spécialement concue à cet effet et seul son barbier était au courant. Le pauvre homme du jurer de ne jamais en parler mais le secret devint si pesant qu'il alla creuser un trou pour y jeter son secret, et refermer le trou mais les roseaux avaient entendu et murmurèrent le secret au vent qui ébruita toute l'affaire et révéla au grand jour combien le roi était stupide : a défaut d'avoir de l'oreille , il aurait pu comprendre que l'on n'offense pas plus fort que soi !!!

Ce qui est amuisant C que Midas s'est fait avoir par les deux dieux qui règnent aux opposés, le dieu de l'harmonie et le dieu de la démesure. Enfin Apollon le dieu raisonnable a aussi été très cruel avec Marsyas son adversaire au concours musical : Pour la petite histoire Athéna inventa la flute un jour mais la jeta car il fallait gonfler ses joues pour en jouer et donc se défigurer (une histoire de femme). Le pauvre satyre Marsyas la retrouva et en tira de si beaux sons qu'il osa défier Apollon. Le Dieu remporta le concours et loin de se montrer satisfait et magnanime il écorcha vif le pauvre Satyre (il y a plein de peintres classiques qui ont choisi de représenter cette scène).

Ceci dit dommage que ce genre de punition ne soit plus en cours pour ceux qui osent défier les dieux de l'harmonie :-) J'adore la mythologie !!!!

Sabine L.